Beverly Johnson, le visage qui a fait bouger les frontières de la mode

Ce 13 octobre, Beverly Johnson fête ses 74 ans. Mannequin, actrice, autrice et entrepreneuse américaine, elle reste avant tout la femme qui, en août 1974, est devenue la première mannequin noire à faire la couverture de l’édition américaine de Vogue. Un cliché signé Francesco Scavullo qui met en scène une beauté lumineuse de 22 ans, […]

Beverly Johnson, le visage qui a fait bouger les frontières de la mode

Ce 13 octobre, Beverly Johnson fête ses 74 ans. Mannequin, actrice, autrice et entrepreneuse américaine, elle reste avant tout la femme qui, en août 1974, est devenue la première mannequin noire à faire la couverture de l’édition américaine de Vogue. Un cliché signé Francesco Scavullo qui met en scène une beauté lumineuse de 22 ans, originaire de Buffalo. Elle fera vaciller l’une des institutions les plus conservatrices de la mode.

Avant de devenir une icône, Beverly Johnson envisageait une tout autre trajectoire. Étudiante en droit à l’université Northeastern, elle tente le mannequinat pendant les vacances d’été de 1971. Le déclic est immédiat : elle décroche rapidement un travail pour Glamour, puis part s’installer à New York. Dans une industrie où les mannequins noires peinent encore à obtenir des contrats majeurs, elle s’impose par sa polyvalence, son élégance et sa présence.

En août 1974, c’est la consécration avec la couverture de Vogue américain. Après quatre-vingts ans d’existence, le magazine ouvre enfin sa une à une femme noire. Beverly Johnson devient malgré elle le symbole d’une industrie contrainte de repenser ses critères de beauté. Dans les mois et les années qui suivent, les grands titres de la presse féminine multiplient les couvertures de mannequins noires, et les maisons de couture commencent à élargir leurs castings.

S’en suivra pour le mannequin une carrière exceptionnelle, marquée par plus de 500 couvertures de magazines, dont l’édition française d’Elle, en 1975. Elle défile pour des créateurs majeurs tels que Halston et Calvin Klein, incarnantune nouvelle idée de la top model : non plus seulement un visage de campagne, mais une personnalité publique, une businesswoman et une figure d’inspiration.

Dans les années 1980 et 1990, elle élargit son territoire. Actrice à la télévision et au cinéma, elle publie également des livres consacrés à la beauté, à la santé et à l’estime de soi, dont Beverly Johnson’s Guide to a Life of Health and Beauty et True Beauty. Très tôt, elle comprend que la représentation ne suffit pas : il faut aussi créer des produits adaptés aux femmes noires, longtemps ignorées par l’industrie cosmétique.

Entrepreneuse, elle lance notamment une gamme de lunettes avec Sears, puis développe des produits capillaires destinés aux femmes noires. En 2012, elle fonde Beverly Johnson Luxurious Lifestyle Brand, une marque de soins capillaires et de la peau distribuée notamment chez Target. Son ambition est claire : rendre visibles, désirables et accessibles des beautés que le marché dominant a trop longtemps mises à l’écart.

Aujourd’hui, à 74 ans, Beverly Johnson n’a pas quitté la scène. Elle continue à défiler — pour Zendaya x Tommy Hilfiger en 2019, puis pour Sergio Hudson, Bibhu Mohapatra ou Dennis Basso lors des Fashion Weeks new-yorkaises — et a fait ses débuts Off-Broadway en 2024 avec Beverly Johnson: In Vogue, un spectacle autobiographique où elle raconte, sur scène, sa vie dans la mode et le divertissement.

Elle demeure aussi une voix engagée. Ambassadrice internationale de la Global Down Syndrome Foundation, elle milite pour une industrie de la mode plus inclusive, où la diversité ne serait plus une exception ponctuelle mais une norme. En 2022, elle a reçu un Model Pioneer Award lors du Women’s Entrepreneurship Day Summit, à l’ONU, une reconnaissance de son double héritage : celui d’une pionnière dans la beauté et celui d’une femme d’affaires.