Panier de la ménagère: ‘‘Ça n’aviande plus’’

Il faut désormais compter 4 500 F CFA pour repartir avec un kilo de viande avec os à Bamako. Sans os, on frôle les 5 000 F. Au marché de Médine comme à celui de Sabalibougou, les bouchers ne baissent plus les yeux : ils annoncent le prix comme un verdict. La ménagère, elle, marchande […]

Panier de la ménagère: ‘‘Ça n’aviande plus’’

Il faut désormais compter 4 500 F CFA pour repartir avec un kilo de viande avec os à Bamako. Sans os, on frôle les 5 000 F. Au marché de Médine comme à celui de Sabalibougou, les bouchers ne baissent plus les yeux : ils annoncent le prix comme un verdict. La ménagère, elle, marchande moins et achète moins.

Le chiffre officiel est tombé il y a une semaine, dans la grande salle de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali. Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, avait convoqué tout le monde : éleveurs, chevillards, bouchers, transporteurs, mais aussi les techniciens de l’Élevage, des Finances, de la DGCC et de la DNPIA. Une réunion de crise, tenue sur instruction directe du président Assimi Goïta, au titre de l’Axe 3 de sa lettre de cadrage : satisfaire les besoins fondamentaux.

Le diagnostic présenté fait mal. Fin avril, le kilo de viande avec os valait en moyenne 3 211 F CFA au niveau national. Entre le 28 septembre et le 4 octobre, il était à 3 502 F, soit 300 F de plus en cinq mois. À Bamako, la hausse est brutale : de 3 800 à 4 000 F en avril, on est passé à 4 300–4 500 F aujourd’hui. C’est 500 F de plus en un semestre, dans une capitale où le pouvoir d’achat est déjà laminé.

Et ce n’est pas faute d’avoir essayé. En avril, le gouvernement avait dégainé un plan : ouvrir et sécuriser les marchés à bétail de l’intérieur, contingenter les exportations sur pied, subventionner l’aliment du bétail et créer de nouveaux marchés sécurisés autour de Bamako. Sur le papier, tout y était. Sur les étals, rien n’a bougé, sinon à la hausse.

Alors, pourquoi ça n’aviande plus ? Le ministre a refusé le fatalisme et a listé, sans détour, les maillons grippés.

D’abord, l’aliment du bétail. Le tourteau et le son dépendent des importations. Quand les prix internationaux flambent, l’éleveur de Ségou ou de Mopti réduit la ration, vend plus tôt et plus maigre. Ensuite, les axes routiers. Un bœuf qui vient de Gao ou de Ménaka doit traverser des routes où le risque est réel. Le transporteur paie plus cher, s’assure moins et répercute ces coûts.

Enfin, les garbals. Ces marchés à bétail traditionnels, cœur du système, fonctionnent au ralenti. Peu sécurisés et peu nombreux autour de Bamako, ils laissent la place à une cascade d’intermédiaires qui se sucrent entre le parc et l’étal.

Les professionnels, eux, ont remis une note technique. Ils demandent trois choses : réguler le prix de l’aliment grâce à des formules locales à base de sous-produits agricoles maliens, restructurer les circuits pour couper les intermédiaires inutiles et, surtout, sécuriser et multiplier les garbals. L’objectif : faire en sorte que le bétail arrive vivant et à moindre coût à Bamako.

Moussa Alassane Diallo a tapé du poing sur la table. Il ne veut plus de diagnostics, il veut des actes. Il a instruit la DGCC et la DNPIA de se réunir chaque semaine avec les interprofessions afin de dégager des mesures « applicables et mesurables ». Il a également annoncé l’intensification des contrôles inopinés dans les abattoirs et les boucheries.

Mais entre le 5 et ce 11 octobre, qu’est-ce qui a changé pour la ménagère ? Rien. Les reportages de Nord Mali TV à Gao, comme ceux de Bamako Matin, décrivent la même réalité : le prix affiché reste à 4 500 F, parfois 5 000 F selon le quartier et le morceau. La DGCC, qui avait mené des opérations coup de poing à la mi-septembre, est interpellée par la presse consumériste : « Où est-elle ? » Les associations de consommateurs, elles, restent silencieuses.

La viande est devenue le marqueur de la vie chère. Ce n’est plus seulement une question de filière bétail-viande : c’est un signal social. Quand le plat du dimanche devient un luxe, c’est toute la promesse de l’Axe 3 qui vacille.

La semaine prochaine, le cadre de concertation doit se réunir à nouveau. Les bouchers attendent une décision sur l’aliment du bétail, les éleveurs attendent la sécurisation des routes et les consommateurs attendent une étiquette. En attendant, à Bamako, on achète un demi-kilo là où l’on achetait un kilo. Résultat : ça n’aviande plus.

rmel comme dans les circuits de distribution habituels, les tarifs pratiqués s’envolent à des niveaux vertigineux, déconnectés de toute réalité et des prix officiels annoncés par les autorités nationales. Aujourd’hui, selon des sources locales, un simple bidon d’un litre et demi de carburant se négocie sous le manteau entre 3 000 et 4 000 francs CFA. Affirment-elles, la situation est tout aussi alarmante pour les usagers d’engins lourds et les conducteurs de véhicules de transport commercial : le bidon de 20 litres de gazoile s’arrache désormais entre 30 000 et 40 000 francs CFA, nous confient des propriétaires de véhicule. Ce commerce lucratif met en évidence l’existence d’un véritable réseau de spéculation tirant profit de la détresse collective à Nioro du Sahel. Il faut croire que cette hausse fulgurante grève lourdement le budget déjà restreint des ménages et paralyse les secteurs économiques essentiels dépendant du transport et de la mobilité interurbaine. 

À travers toute la ville, selon nos sources locales, l’offre de distribution s’est réduite de manière critique. Selon des sources locales, seules trois stations-services demeurent opérationnelles pour approvisionner l’ensemble des résidents. Sans hésitation, cette capacité logistique extrêmement limitée crée un goulot d’étranglement devant les rares pompes en service. Des témoins affirment que dès les premières heures de l’aube, sous une chaleur accablante, des files d’attente interminables se forment, où les motocyclistes qui constituent le cœur du trafic local attendent pendant des heures dans l’espoir de décrocher quelques litres d’essence. 

À cette pénurie de carburant s’ajoute selon les habitants de Nioro, une monétisation abusive de l’accès au service public de distribution. Des témoins et des sources locales dénoncent un système informel de ’’droit de passage’’ instauré par certains pompistes et gérants. Pour espérer s’approvisionner, selon nos sources, les usagers de deux-roues sont contraints de s’acquitter d’une somme forfaitaire de 500 francs CFA à la pompe uniquement pour réserver leur tour. La contrainte est d’autant plus vive pour les conducteurs de tricycles, maillon indispensable du transport intra-urbain de marchandises et de personnes, qui doivent payer jusqu’à 3 000 francs CFA pour avoir le droit de faire le plein. 

En tout cas, à Nioro du Sahel aujourd’hui, cette accumulation de surcoûts injustifiés anéantit la rentabilité quotidienne des travailleurs indépendants et des transporteurs locaux. La rareté du carburant menace d’interrompre l’acheminement des produits de première nécessité et d’entraîner une hausse généralisée des prix sur les marchés. Face à ce risque de paralysie économique majeure, les habitants lancent un appel aux autorités de la Transition pour qu’elles interviennent rapidement afin de réapprovisionner la ville, réguler la distribution et sanctionner fermement les auteurs de spéculation. 

PAR SABA BALLO