Décès de Colette Sénami Agossou Houeto : une vie au service de l’éducation et des femmes

Née le 6 mars 1939 à Porto-Novo, Colette Sénami Agossou Houeto est décédée le 29 septembre 2026 à 87 ans. À la fois enseignante, poétesse, féministe et ministre béninoise, elle laisse d’elle l’image d’une femme de tête, qui n’a cessé de s’engager pour l’éducation, la place des femmes dans le développement et la dignité de […]

Décès de Colette Sénami Agossou Houeto : une vie au service de l’éducation et des femmes

Née le 6 mars 1939 à Porto-Novo, Colette Sénami Agossou Houeto est décédée le 29 septembre 2026 à 87 ans. À la fois enseignante, poétesse, féministe et ministre béninoise, elle laisse d’elle l’image d’une femme de tête, qui n’a cessé de s’engager pour l’éducation, la place des femmes dans le développement et la dignité de la fonction publique.

Une trajectoire d’excellence, entre Europe et Afrique

Après des études supérieures en Europe – à l’université de Strasbourg, à Aix-en-Provence puis à l’université Louis-et-Maximilien de Munich, Colette Sénami Agossou Houeto rentre au Bénin avec le projet de mettre son savoir au service de son pays. D’abord professeure certifiée d’allemand, elle gravit rapidement les échelons de l’administration éducative. De 1977 à 1981, elle dirige l’Institut national pour la formation et la recherche en éducation (INFRE), où elle forme toute une génération d’enseignants et de cadres. Dès 1981, elle publie L’Aube sur les cactus, un recueil de poésie où elle célèbre la lutte de libération du colonialisme et les droits des femmes, faisant de son écriture un un acte politique.

Au cœur des institutions internationales

Dans les années 1980 et 1990, son expertise dépasse les frontières béninoises. De 1986 à 1991, elle travaille à la Banque africaine de développement (BAD) sur la participation des femmes au développement, un sujet encore peu exploré dans les politiques publiques africaines. Elle poursuit ensuite à l’UNICEF, au bureau de Ouagadougou, où elle œuvre dans le secteur de l’éducation jusqu’en 2000. Ces années d’engagement international affinent sa vision : l’éducation n’est pas seulement une question de programmes scolaires, mais un levier d’émancipation, en particulier pour les filles et les femmes.

Un passage éclair mais marquant au gouvernement

En avril 2006, le président Thomas Boni Yayi la nomme ministre des Enseignements primaire et secondaire. À 67 ans, Colette Houeto décide de mener des réformes en toute indépendance. Quelques mois plus tard, elle est limogée pour avoir imposé son choix de directeur de cabinet contre l’avis du chef de l’État. « Ce n’est pas à 67 ans qu’on apprend à faire des courbettes », lance-t-elle alors, formule qui met en relief son caractère entier et son sens de la dignité. Après ce bref passage au gouvernement, elle poursuit son engagement à Porto-Novo, où elle occupe les fonctions de première adjointe au maire entre 2008 et 2015.

Une voix pour les femmes et l’éducation

Tout au long de sa vie, Colette Sénami Agossou Houeto n’a cessé d’écrire et de prendre la parole sur la condition féminine et l’éducation. Elle publie des articles et contributions comme « La femme, source de vie dans l’Afrique traditionnelle » ou « Women and Education: the Case of Benin », qui font référence dans les débats sur le rôle des femmes dans le développement du continent. Son travail et son engagement public lui valent, en octobre 2014, d’être élevée au grade de commandeur de l’ordre national du Bénin, l’une des plus hautes distinctions du pays.

Un héritage vivant

Mère de quatre enfants, épouse, enseignante, haut fonctionnaire, ministre, poétesse : Colette Houeto incarne une figure de femme africaine moderne, à la fois ancrée dans son pays et ouverte sur le monde. Sa disparition, survenue le 29 septembre 2026, prive le Bénin et l’Afrique francophone d’une voix importante, qui alliait exigence intellectuelle, courage politique et fidélité à ses convictions.